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L’emprise, mon expérience

L’emprise, mon expérience Posted on 24 janvier 2020Leave a comment

Pourquoi as-tu eu envie de parler d’emprise ?

J’ai trop vu ou entendu de gens autour de moi que je considère sous l’emprise d’une personne et qui ne s’en rendent pas compte, que ce soit une « dictature » féminine, masculine, parentale, professionnelle…
Cela me renvoie à mon vécu , j’ai en effet moi même fait l’expérience de cette situation et je n’en ai pris conscience qu’une fois la relation rompue.

Comment définis-tu l’emprise ?

C’est croire prendre des décisions ou faire des choix alors qu’ils sont guidés par la crainte de la réaction de l’autre.
C’est penser en ayant tout le temps à l’esprit la pensée d’un autre.
C’est l’inverse du libre-arbitre.

Quelle est la différence entre l’emprise et la violence conjugale physique ?

L’emprise peut exister sans violence physique. Cela n’enlève rien à la manipulation psychologique.

Alors que la violence physique entraîne automatiquement une emprise à mon sens, par la peur qu’elle génère et qui transforme la façon de penser de la victime afin d’essayer d’éviter tout accès de violence notamment.

Ne sommes-nous pas tous sous emprise ?

Bien entendu, l’éducation, les mœurs, les croyances, etc…, modèlent notre façon de penser , c’est inévitable et en un sens bénéfique à la construction de psyché.
L’emprise est une relation qui s’installe entre deux individus , l’un ayant l’emprise sur l’autre et parfois de façon inconsciente d’ailleurs. Cette emprise ôte le sens critique de la personne victime car elle ne pense plus qu’à travers les modalités fixées par l’autre, en pensant maîtriser la situation et en trouvant toutes les bonnes intentions et toutes justifications au comportement de l’autre.
L’autre réussit à culpabiliser sa victime en permanence si elle n’agit pas comme il convient.
L’éducation, la culture , etc… sont des structures qui certes nous influencent mais qui n’ont pas vocation à violer ou voler notre liberté de pensée.

Des exemples personnels ?

  • Lorsque mon conjoint était absent et que je participais à un événement quelconque, j’avais le sentiment de ne pas être à ma place, je me demandais en permanence s’il ne souhaitait pas que je rentre à la maison, je regardais l’heure, les messages sur mon téléphone tout le temps.
  • Se voir priver de la liberté d’aller et venir pour de soit-disant « bonnes raisons » telles que faire des économies, être ensemble ou autre … Se faire accompagner aux rendez-vous médicaux, au travail, aux courses par exemple. Avoir l’impression de ne plus pouvoir faire un pas tout seul.

Les motifs invoqués sont la présence, le soutien mais cachent tout simplement de la possessivité, de la jalousie par exemple.

L’autre peut tenter de vouloir déménager également, pas pour des raisons valables, mais pour éloigner l’autre de ses amis, de sa famille, de ses repères et lorsque le déménagement a eu lieu et que vous avez construit de nouveaux repères, il demande une nouvelle fois de se déplacer pour détruire votre nouvel environnement.
Mon conjoint souhaitait partir vivre sur une île alors que j’aimais profondément ma ville et ma région. Il n’avait aucun projet concret mais souhaitait partir. Pour fuir quoi ?
J’ai même demandé ma mutation pour Tahiti . La vie a fait que je ne l’ai pas obtenue. L’expérience aurait pu être fantastique pour des personnes désireuses de le faire, mais quand c’est fait pour se retrouver « enfermée » rien qu’avec l’autre, c’est malsain au final.

Mon conjoint critiquait régulièrement mes amis qui étaient les siens également, et rageait car je ne suivais pas ses idées ou ses opinions sur les autres .
Il avait un besoin viscéral et obsessionnel que je me rallie à ses opinions, ce qui n’était pas toujours le cas ( eh oui j’avais quand même gardé un peu de jugeote) et ça créait des accès de violences parfois.

De quel ordre ?

Me rabaisser, me séquestrer, me violenter sur des durées pouvant aller jusqu’à plusieurs heures.

As tu eu pendant cette période des problèmes de santé, liés à la relation toxique ?

Des irritations dermatologiques ainsi que des crises d’arthrose dans les mains, en particulier le pouce gauche et l’index droit.
L’arthrose ne disparaît jamais par enchantement mais il s’avère que je n’ai plus ressenti de douleur depuis la séparation.
Ma fille a rencontré beaucoup de problèmes de santé lorsque son père était encore présent tels que des douleurs persistantes au ventre, des malaises avec perte de connaissance très régulièrement, des migraines. Bien entendu, nous avons consulté tous les spécialistes pour déterminer les causes physiologiques de ces maux, mais en vain. Elle était heureusement en excellente santé mais avec des symptômes permanents.
Ces problèmes se sont également estompés à la séparation.

Comment réagissait l’entourage ?

En ce qui concerne les violences, quand mes amis ont vu ou su les faits, ils ont d’abord fait preuve d’un élan de soutien à mon égard, et de mécontentement à l’égard de mon conjoint. Ils l’ont encouragé à se faire aider , notamment par un soutien psychologique.
De mon côté, j’apaisais tout le monde, avec une attitude peu traumatisée qui n’a pas poussé les gens à agir à la hauteur à laquelle ils auraient voulu je crois.
Cette attitude très mesurée était pour une part liée à mon caractère assez détaché face aux difficultés mais surtout à l’emprise de mon conjoint que je considérais comme plus en souffrance que moi, pour lequel j’allais rechercher toutes les qualités possibles et j’avais cette envie de l’aider à se sortir de ses difficultés sans voir que le principal intéressé, c’est à dire lui, n’en avait certainement aucune envie. Même si parfois je pouvais entrevoir un comportement qui me faisait penser que tout pouvait s’arranger,
c’était de la manipulation inconsciente de sa part.
Je tentais de l’aider sans penser à moi et sans penser aux autres que j’aimais, enfants et amis. Tout lui était dédié en quelque sorte.

A quel moment as-tu pris conscience de l’emprise ?

Après la rupture. Assez rapidement d’ailleurs.
Cette rupture est intervenue suite à un accès de violence à mon encontre et à l’encontre de notre fille de 18 ans.
Suite à cet événement, je lui ai demandé de partir de la maison. Il s’est excusé, il était très penaud, mais j’étais calme et déterminée.

Je crois qu’il est parti en pensant qu’il reviendrait.

J’ai senti rapidement un soulagement, une réelle liberté , un poids en moins et le sentiment amoureux qui existait encore à la date de la rupture s’est évaporé, avec tous mes doutes.

Mes amis m’ont accompagnée et aidée à ouvrir les yeux sur l’emprise à laquelle j’étais soumise.
Je les en remercie aujourd’hui même si j’ai mis vraiment trop de temps à les écouter et à m’écouter.

Comment a-t-il réagi ?

Comme à son habitude, une réaction positive alternait avec une négative.
On passait de discussion posée, intelligente, à des crises de jalousie le lendemain.
Je me suis aperçue de piratage de mon téléphone par exemple, pour me suivre ou recevoir mes messages.
Il a tenté d’intimider mes nouveaux amis également.
Et puis, le divorce a marqué un tournant qui lui a enlevé tout espoir dans notre relation et qui a permis d’apaiser notre communication.

Que conseilles-tu aux personnes sous emprise ?

Et bien, de se poser la véritable question de ce qui motive nos décisions quotidiennes. Est-ce une réflexion personnelle, un désir ou bien la peur de la réaction d’un autre ?

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